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La Phénoménologie Critique en tant que fondement des Sciences (15)

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1 year ago
This book, originally published in French, is part of my Collected Works, which I have published under the moniker "Intoccabile". Perhaps one day, this book will receive the translation it truly deserves!

Lien vers la partie précédente: https://read.cash/@Enforsys/la-phenomenologie-critique-en-tant-que-fondement-des-sciences-14-3047b92a

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Quick note: this is non-syndicated content. This book, in its present form, has never been published online. Enjoy and please ask questions in the comments section if you have any.

Thank you for reading :)

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3.3.3 Imperfection originaire de la perception de l'objet

Le sujet, toujours pressé par son objet, ne saisit au départ qu'une part de la totalité de ses caractéristiques objectives, de la totalité de ses dimensions offertes.

La nécessaire incomplétude, la non-plénitude, de la connaissance intuitive : le sujet n'est pas, au départ, - ne peut être - en possession de la totale compréhension de son objet.

Le sujet, n'étant pas en possession de la totalité de son objet, forge à son usage, en manière de compensation, un savoir à caractère présomptif. D'un complexe formé par l'ajointement d'un noyau réique et d'un savoir présomptif procède une représentation imparfaite.

Pourquoi maintenant ne pas agrémenter le discours d'un exemple tiré de la vie quotidienne ?

Prenons l'exemple d'un édifice. Je me tiens face à cet édifice. Pour l'instant, je n'en perçois que l'élévation frontale. Mais tout de même, un percept, puis subséquemment, un concept de la chose se fera jour dans mon esprit. Les façades latérales, l'intérieur de l'édifice, ne sont pas présents pour moi, qui suis à l'extérieur et qui jamais n'ai porté les yeux sur eux. Mais à partir de perceptions passées similaires, de préjugés, du fait de mon imagination surabondante, etc., je puis pour mon propre compte effectuer des projections, des « prolepses », des anticipations quant à la teneur de chose de l'édifice prise dans son ensemble. Je ne possède pas l'ensemble des traits pertinents de l'édifice. Mais je comble les trous par des anticipations et des souvenirs, par des « il devrait en être ainsi ». Ces anticipations présomptives, ces rétentions, qui ont le caractère non d'un savoir définitif mais d'hypothèses de travail pour mes sens, seront ultérieurement confirmées ou infirmées par mon exploration de la chose, par ma saisie des apparaîtres de la chose. C'est pourquoi nous avons écrit ailleurs, et avançons qu'il est exact d'écrire, que la compréhension, la saisie de la totale compréhension d'un objet, passe par l'auto-correction intuitive et progressive du tout des anticipations présomptives ( passe aussi par le retour vers le contenu propre des rétentions, problème qui nous occupera ailleurs ).

3.4 Le concept partiel « pensée »

3.4.1 Qu'est-ce que la pensée ? Qu'est-ce que penser un objet ?

Synthétisons nos acquis avant de nous enfoncer plus en ce chemin vers le fonds.

L'objet, un noyau réique ( de : res, chose ) assorti d'une frange d'anticipations et de rétentions quant aux autres dimensions de l'objet que je ne perçois pas ou plus actuellement en un présent de conscience, se projette littéralement contre mes sens, il m'appelle ( référence à la notion de structure d'appel ) et me met en demeure de lui prêter attention ; qui plus est, il m'installe bien malgré moi en un champ impressif ( l'espace de jeu sujet-objet ) au sein duquel le contenu propre des dimensions de l'objet peuvent s'imprimer sur mes sens, faire « impression ».

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Maintenant, qu'est-ce que penser un objet ?

La pensée est la représentation - et non pas la position - de l'objet dans la conscience.

L'objet perçu est « dé-pragmatisé », abstrait de sa dimension spatiale et est transposé dans la conscience du sujet ; en termes sémantiques, le trait pertinent implicite qui dénote l'existence, le « est », est tout simplement aboli (une référence directe à la théorie humienne des idées comme impressions affaiblies).

Penser un objet est être en possession du concept de l'objet, est avoir en main l'objet hors de l'existence.

Je pense à ce chat que j'ai vu ce matin. J'ai en main un concept de ce chat particulier, mais ce chat ne m'est pas présent, toutes ses caractéristiques objectives sont retenues, ce qui fait en sorte que je puis me rapporter à lui en tant qu'objet Un même s'il ne se presse pas ici et maintenant contre mes sens. La pensée de l'objet en tant que contenue dans le concept peut être rapprochée du verbum mentis de Saint-Thomas :

Huismodi ergo conceptio, sive verbum, qua intellectus noster intelligit rem aliam a se, ab alio exoritur, et aliud repraesentat. Oritur quidem ab intellectu per suum actum ; est vero similitudo rei intellectae. (Une telle conception, ou « verbe », par laquelle l'intelligence saisit une chose autre qu'elle, procède donc d'une chose et en représente une autre : elle procède de l'intellect par son acte, et elle est la similitude de la chose connue.)

Notons qu'un parallèle fructueux pourrait être établi entre l'abstraction du concept et la théorie de l'immatérialité de la connaissance intellectuelle de Saint-Thomas.

La pensée peut être définie de façon très sommaire comme étant la faculté des concepts, la faculté de se représenter les objets in absentia, en l'absence de leur position.

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Quinzième Partie - Notes

  1. Wolfgang Iser au sujet de la philosophie des formes symboliques d'Ernst Cassirer : « Dans sa Philosophie des formes symboliques, Ernst Cassirer avance que la disposition caractéristique du concept consiste... en ceci que à la différence de la perception directe, il doit toujours repousser son objet au loin à une sorte de distance idéelle [ le projeter hors de l'existence ] pour l'introduire dans sa perspective ; il doit dépasser la présence brute pour aboutir à la représentation. En tant qu'il est un cas particulier de l'usage symbolique, le concept rend possible la connaissance par la traduction de ce qui est donné en ce qui ne l'est pas. » ( Lire : Ernst Cassirer, Philosophie der symbolischen Formen III, Darmstadt, 1964, p.358 sq. T.F. : Philosophie des formes symboliques III, Paris, 1972, p.342 sq. )

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